Architecture à New York

Architecture à New York

Robert Moses

L'architecture de New York est impressionnante. Elle est en grande partie le résultat du travail d'un seul homme.

Un homme contradictoire qui a définit l'architecture de la ville sans être architecte et qui a joué un rôle important en politique sans être politicien.

Il s'agit de Robert Moses.


Architecture à New York : rénovation de la ville

Moses était un républicain conservateur ayant travaillé pour les meilleurs intérêts du capitalisme. Heureusement pour lui, il savait aussi comment faire de l'urbanisme quelque chose de moderne, ce qui lui a valu d'être le représentant du "style international moderne".

C'est lui qui a donné forme à la ville de New York telle qu'on la connaît aujourd'hui : le New York qui préfère les voitures aux personnes (présence de nombreuses routes et voies rapides), le New York au Sud du Bronx en ruine. Il a contribué à la disparition de l'autrefois célèbre Coney Island. Il a presque forcé les Brooklyn Dodgers et les New York Giants de la ligue de baseball à quitter la ville. Il a négligé les transports en commun jusqu'à leur déclin.

Riverside Park

Mais il a aussi fait ce qu'aucun fonctionnaire n'aurait fait. Il a construit des parcs (Riverside Park, pour n'en citer qu'un), des routes (Cross-Bronx, Major Deegan et Bruckner) et des ponts comme le Henry Hudson Bridge et le Triborough Bridge. Il a fait cela dans des quartiers populaires où les autorités avaient juré qu'il ne ferait jamais ces constructions.

Il a été impitoyable au moment de commander son armée de rouleaux compresseurs. Il a détruit une partie de Manhattan et a ensuite créé une nouvelle ville moderne. Les critiques disent que cette ville moderne est aujourd'hui dépassée, vieille, délabrée. Mais pour sa défense on pourrait dire qu'il avait sauté sur l'occasion. Il n'est pas facile de travailler sur New York. Peu de villes dans le monde présentent une telle concentration et saturation. Le vieux et le nouveau se côtoient ou plutôt lutte l'un contre l'autre constamment.

Chaque tentative d'innovation doit se prendre en compte l'héritage historique de New York mais aussi répondre aux besoins du futur. Et lorsqu'il a commencé son règne dans les années 1950, c'était un moment de grande expansion, quand les Etats-Unis gagnait de plus en plus de pouvoir sur la scène internationale. Et en général, tout le monde était d'accord pour dire qu'il existait un besoin d'urbanisme plus dynamique et moderne.

On peut dire de Robert Moses qu'il possédait une sens inconditionnel et pourtant involontaire de la destruction au nom de l'amélioration : la faux du progrès.

Robert Moses et ses détracteurs

Au début des années 1950, sa faux était prête à être utilisée pour détruire quelques quartiers de Manhattan : une autoroute à 10 voies devait traverser SoHo, Little Italy, Chinatown et Lower East Side.

Le plaisir de se promener autour de Washington Square, écouter les musiciens et voir les acrobates dans les rues ou encore les joueurs d'échecs et s'asseoir dans l'herbe et observer à l'horizon les tours de Fifth Avenue surgir au-dessus de la cime des arbres, tout cela ne serait bientôt plus possible avec le projet de Moses.

C'était en effet l'endroit où Robert Moses avait décidé que son autoroute allait passer. Cette décision n'était pas prise sur un coup de tête : si le trafic était trop lent à certains endroits, la logique voulait donc de trouver une solution pour que tout aille plus vite.

Washington Square n'a été sauvé par aucun architecte. Aucun expert en urbanisme ne s'est élevé contre ce projet. Si Washington Square existe aujourd'hui, c'est grâce à une femme : Jane Jacobs. Elle n'était ni experte dans un domaine particulier, ni avait de diplôme universitaire. Elle vivait près de Hudson Street, au coeur de The Village et avait l'habitude d'emmener ses enfants jouer à Washington Square.

Les premiers à l'avoir suivi dans sa révolte étaient les mères des amis de ses enfants. "Quelques femmes folles avec des poussettes", selon Moses. Et pourtant, elles ont atteint leur objectif.

En 1961, Washington Square et les rues de The Village sont épargnés de la destruction prévue par Moses grâce au mouvement contestataire lancé par Jane Jacobs. Elle écrit un livre, un beau manifeste en défense des rues piétonnes, appelé The Death and Life of Great American Cities (Vie et mort des grandes villes américaines).

Voilà ce qu'est l'architecture à New York : un homme de pouvoir essayant de contrôler la ville et des habitants usant de leur raison pour lutter contre lui. Nous devons autant à Robert Moses qu'à Jane Jacobs.